Marcel BénaÏs

portrait MarcelLa peinture de Marcel Bénaïs, prétendûment abordable et ludique, se pare de traits schématiques, parfois caricaturaux et de couleurs acidulées, pour détourner l’attention de son énigme, l’inquiétude immanente de la vie, l’angoisse toute pénétrante qui guette dans les endroits les plus inattendus, dans les scènes les plus anodines et réconfortantes que ce soit une vue du phare de l’Ile de Ré, un chef-d’œuvre de la peinture baroque ou bien une ville toute rose et bleu ciel, parcourue dans tous les sens  par des troupeaux de voitures sans passagers, comme des navires-fantômes sur les hautes mers. Cet artiste sophistiqué et très cérébral déconstruit les images qui le – et nous – nourrissent et y glisse le détail dissonant presque imperceptible, banal en soi mais qui fait trembler le sentiment confortable du familier.

Ayant renoncé à une carrière dans le domaine bancaire pour se consacrer corps et âme au dessin et à la peinture qui l’ avaient accompagné depuis son plus jeune âge. Il s’est approprié la notion de peintre «autodidacte« dans le premier sens du mot, le plus juste, c’est à dire un peintre qui étudie en solitaire l’histoire et les secrets du «métier« , non pas un créateur qui nie ou qui ignore par choix ou par nécessité les acquis de l’antériorité et qui invite par conséquent tous ses moyens, souvent assez limités. En ceci , Marcel Bénaïs se place aussi loin que possible de ce qu’il est convenu d’appeler «art brut».

 

Braque, Matisse, Basquiat et surtout Picasso sont des sources constantes d’inspiration pour Marcel Benaïs pourrait-on dire. Et on aurait tort. Car bien que très présents dans son univers, « ses maîtres spirituels« ne sont en fait que des prétextes, des masques empruntés, à travers lesquels il essaie de se placer en dehors de sa création, d’extirper complètement ses émotions intimes, et malgré lesquelles il ne peut s’empêcher de communiquer son soi profond de façon très discrète, presque inconsciente, comme s’il avait besoin d’échafaudages intellectuels pour se donner la permission de se montrer.
Oana Amaricai

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